Voici mon début de nouvelle ... Si vous avez des avis ( positifs ou négatifs ) n'hésitez pas ! Glissez un petit commentaire. Ne vous fiez pas à la longueur du texte, ça se lit très vite.
Bonne lecture.
Je sais que le voyage sera long, peut-être interminable ... Une fois de plus,
je m'agrippe contre la chaise. Il est impossible pour moi de sortir de cette pièce. Elle est
petite, éclairée et chaleureuse, et les quelques livres posés sur l'étagère me permettent
de me sentir en sécurité. Pourtant je le sais, je dois sortir d'ici, définitivement.
"Allez mon chéri, il faut y aller" dit ma mère d'une voix chaude. Elle avait le visage hâve et
les yeux humides.
- "Non maman, je ne veux pas y aller, tu ne sais pas à quel point ils me font souffrir là-bas.
Je suis si loin de tout, si loin de toi ... Je t'en prie, ne me laisse pas tout seul" lui dis-je en
tentant de secher mes larmes.
- "Il le faut mon amour, j'irai te chercher dès que possible, c'est promis. Tu le sais, maman
a besoin de se soigner. N'oublie pas mon trésor, prie chaque soir en pensant à moi et
remercie le ciel pour tout ce qu'il t'offre chaque jour."
- "A quoi bon le remercier s'il doit me séparer de toi maman ?"
"Tout simplement parce que maman doit se soigner. C'est juste le temps que les médecins
me donnent un traitement. Je reviendrai dès que possible... Allez trésor, viens dans mes bras"
Je me lève et me serre aussitôt dans ses bras. Ils étaient les plus chauds, les plus tendres
et les plus rassurants. Je ferme les yeux et tente de graver ce moment à jamais. Elle dépose
un baiser sur mon front et me laisse partir. Un monsieur arrive: il est plutôt grand et gros,
avec une barbe et des yeux ronds. Il prend ma valise, la dépose dans le coffre et le referme
aussitôt.
"Allez gamin, il faut y aller" dit-il d'un ton bourru. Je m'approche pas à pas de la voiture. Je fais
demi-tour et regarde ma mère pour la dernière fois. Elle me sourit tout en ayant les yeux
embaumés de larmes.
"Allez dépêche toi, je n'ai pas que ça à faire moi !" Je me retourne et monte dans la voiture.
Elle était immonde : une berline allemande noire, aux sièges teintés de gris. Spacieuse,
sombre et froide : tout ce dont je déteste. Le chauffeur démarre la voiture. Des buées bicolores
s'échappent et dévorent les moindres venelles du village. Plus jamais je ne reverrais ma mère.
Je le sens, je le sais, c'est comme ça.
.
Plus de trois heures de trajet. J'ai froid, je meurs de faim. Je regarde par la fenêtre les paysages
défiler à vive allure. Des montagnes, des montagnes et encore des montagnes ! Je ne voulais
qu'une seule chose : voir la mer. J'adore la mer : je sais, ça fait cliché mais il n'empêche que
j'aime voir les hommes torse nu,les jolies illes en maillot de bain, les voir sourire avec le sable
brûlant qui dévorent leurs pieds. Et puis l'été approche, la température est idéale pour piquer une
tête dans l'eau. Les paysages défilent encore et encore, mais toujours pas de mer. Je ne
désespère pas pour autant, maman m'a dit qu'il ne faut jamais désespérer, que ce mot était
inventé pour les loosers, les moins que rien. Au bout de cinq heures, alors que je n'y croyais plus ...
les montagnes se dissipent, j'aperçois un fleuve, puis deux, et soudainement... La mer ! [ . . . ]
Je retrouve le sourire. Le chauffeur met la radio, il diffusait un titre de Madonna.
J'adore cette chanteuse.
"Ah! ça c'est de la musique gamin, rien de mieux que de se la péter avec un bon son de la
Madonne dans ta caisse !" Il me regarde et esquisse un sourire. Je l'ai peut-être jugé
rapidement. Il a l'air bien sympathique ce chauffeur. N'ayant pas la langue dans sa poche,
il récidive:
"Allez gamin, ne sois pas triste. Dis toi que tu vas trouver un tas de filles à l'orphelinat, tu sais que
j'avais 11 ans quand j'ai niqué ma première copine"
"Ca veut dire quoi niquer ?"
Il rit à gorges déployées. Les vitres sont ouvertes et la foule se retourne aussitôt. Il faut dire qu'il a
un rire assez spécial, d'aillleurs aucune comparaison n'est possible. Un rire pesant, strident,
tréssaillant, en décalage avec la masse de gras qui dégoulinait de son tee-shirt blanc.
"Tu comprendras plus tard petit gars. Mais retiens une chose, il n'y a rien de mieux que le sexe
dans la vie, ah ça non, rien de mieux"
"Ouais, j'imagine"
"Dis moi, tu as déjà eu une copine ?"
"Non"
"Ca viendra gamin, va. Ne t'en fais pas"
"Ouais..."
"Et c'est quoi ton genre de fille ?"
Grrr. C'est la question de trop. Il est bien sympathique mais quand il l'ouvre, plus rien ne l'arrête !
Je lui réponds par politesse.
"Ben euh ... j'aime les filles ... jolies" Il s'esclaffe. Des petites perles regorgées d'eau jaillissent
de sa bouche et fouettent mon visage. "Et qu'est-ce que tu entends par jolies filles?"
"Ben euh ... une fille ... aux cheveux noirs, j'aime pas les cheveux jaunes"
Il me regarde et tend le pouce vers le bas. "On n'a pas les mêmes valeurs gamin, mais bon les
goûts et les couleurs ..."
Oui c'est sur, on n'a pas du tout les mêmes goûts petit vieux. Et si tu
veux tout savoir, j'en ai marre que tu m'appelles gamin, j'ai un prénom tu sais !!! Pour ta gouverne,
les filles ne me disent rien. Qu'elles aient les cheveux noirs ou jaunes d'ailleurs. Je n'aime pas
les filles, c'est comme ça. Seulement voilà, jamais tu ne pourra(s) le comprendre parce que ton
esprit est aussi étroit que ton colon!
Voilà ce que je voulais lui dire, mais tu sais je suis un garçon poli, alors je lui lâche une réponse
laconique "Oui, c'est clair".Plus de quatre cents kilomètres ont défilés sous les roues de la berline,
et l'orphelinat se situe à cinq kilomètres d'ici. On s'arrête à une station service.
"Tu veux un sandwich gamin ?"
"Ofet, j'ai un prénom au cas où tu ne le savais pas". Il se met à rire.
"Il joue les divas le petit! Bon, je te prends quelque chose ?"
"Un sandwich au poulet s'il te plait"
"Comme si c'était fait ... gamin" Il me refait l'épisode du rire infernal. Ah si tu savais, je n'en peux plus.
Je suis exténué. Je n'ai qu'une envie, me poser sur mon lit et pioncer un petit peu. Tu trouves que je
parle mal ? Que je suis plus mature que les enfants de mon âge ? C'est normal chéri. C'est le tié-quar
qui veut ça. Je suis un vrai caïd, élevé à l'ancienne! Attention, devant maman j'étais un vrai petit ange.
Tiens et puis pourquoi je me mets à parler de maman ? Bref, revenons à nos moutons, j'ai 12 ans
donc même si je ressemble à un gosse sans cervelle, je suis sans doute plus mature que cet
imbécile qui vient me chercher un sandwich, et qui sait, peut-être que je suis plus mature que toi.
Oh! excuse moi, c'est la fatigue qui me fait dire ça. J'espère que tu ne m'en veux pas ... J'attends mon
sandwich, impatiemment. Tiens, en parlant du bourricot, le voilà qui arrive avec un sandwich à la main.
Il me fait un signe du visage et ondule les fesses comme Beyoncé: je t'épargne les détails, c'est tout simplement horrible à voir. Imagine une cascade de gras onduler à la vitesse du son,un pantalon
qui tombe aussi vite et à la surprise générale pas de sous-vêtements. Il était nu comme un ver.
Recouvert de honte, il enfile ses vêtements.
Je profite de ce court instant pour me faufiler sous le siège passager. Il ouvre la porte du conducteur.
"Et voilà gamin, un sandwitch au poulet comme tu me l'as demandé" Je le regarde d'un air méchant, et pour être honnête avec toi, si j'avais des mitraillettes à la place des yeux, il serait mort à l'instant même. "Ah pardon". Contre toute attente, il ne rit pas. Il met sa cinture et démarre la voiture, direction l'orphelinat.
.
Je décide de ne plus penser à rien. Le ciel se recouvre de nuages sombres, les lumières scintillent
et révèlent toute la magnifiscence de la ville. Les bruits des vagues déversées sur le sable bercent
mes oreilles, jusqu'ici fatiguées par les klaxons des automobiles. Je vois de grands hôtels, de
grandes maisons et la mer qui s'obscurcit peu à peu. Elle entre en symbiose avec le ciel. Seules les
lumières des lotissements ainsi que les lampadaires, incrustés à chaque coin de rue, illuminent les rues de Rimini .
"C'est ici que nous routes se séparent ... Je te souhaite bon courage. J'imagine que ça ne doit pas
être facile pour toi hein ? Allez ne t'en fais pas, d'accord ?"
"Merci pour tout, c'est très gentil"
"Ofet, tu t'appelles comment ?"
"Matéo, et toi ?"
"Jimmy, c'est ringard hein ?"
"Oh tu sais, il y a pire comme prénom"
On se met à rire. Il me laisse juste devant la porte d'entrée de l'orphelinat. Une vieille dame, recouverte
d'une longue robe blanche me fait signe de la tête.
"Allons mon garçon, viens avec moi". Jimmy me fait un clin d'oeil et chauffe aussitôt le moteur de la
berline. Je m'approche de la vieille. Elle a une silhouette assez ronde, son visage carré m'effraie et
le poireau incrusté sur sa joue gauche me donne des envies de vomir. Elle me tend la main ... je
refuse catégoriquement de la toucher, ni même de la regarder.
"Ne sois pas triste, allez donne moi ta main". Elle esquisse un sourire. Ses dents jaunâtres me
filent la chair de poule. Inutile de te rappeler une leçon élémentaire mon ami : des dents en mauvaise
santé égal une mauvaise halène. Et la vieille pue du bec ! Je me bouche le nez aussitôt.
"Arrête de te toucher le nez mon garçon ! Si ta maman ne t'a pas appris les bonnes manières, nous
nous chargeron(t)(s) de te les enseigner !"
Ah ma vieille, si seulement tu pouvais te taire et te brosser les dents ! Ce n'est pas un luxe de
se brosser les dents. Ben quoi ? C'est vrai non ? Un dentifrice discount et une brosse
à dents aux poils souples ( ou bien une brosse à dents aux poils dûrs, maintenant que j'y pense, parce
qu'il faudra frotter un max pour décrasser des dents pareils ) ne coutent pas si cher en magazin ?
Elle ouvre les portes d'entrée. On accède au hall de l'orphelinat.